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Dimanche 12 octobre 2008

Par CeD - Publié dans : Culture
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Dimanche 12 octobre 2008


Un extrait de La divine comédie de Dante Alighieri. Les enfers, chant XXXIII.

Le poète rencontre le comte Ugulino au cercle des traîtres.

 

Ce pêcheur souleva du sinistre repas

sa bouche, en l'essuyant sur les cheveux du crâne

qu'il avait fortement entamé par-derrière,

 

et puis il commença : « Tu veux que je ravive

une immense douleur, qui m'oppresse le cœur

sitôt qu'il m'en souvient, sans que j'aie à le dire.

 

Pourtant, si mon récit doit être la semence

qui germe l'infamie au traître que je ronge,

tu me verras parler et pleurer à la fois.

 

Je ne sais pas ton nom, ni de quelle manière

tu descendis ici ; mais, l'ayant écouté,

je crois avoir compris que tu viens de Florence.

 

Tu sauras que mon nom est Ugolin, le comte ;

celui-ci s'appelait Ruggieri, l'archevêque :

voici pourquoi je suis le voisin que tu vois.

 

Comment, par un effet de ses desseins perfides,

trompant ma confiance, il me fit prisonnier

et puis me mit à mort, je n'ai plus à le dire.

 

Mais ce que tu ne pus apprendre de personne,

c'est-à-dire à quel point ma mort fut odieuse,

écoute, et tu sauras s'il m'a bien fait souffrir.

 

Un tout petit pertuis dans cet étroit cachot

qu'on nomme de la Faim depuis que j'y passai

et où d'autres encore devront être enfermés,

 

m'avait déjà montré, par sa brève ouverture,

plus d'un mois s'écouler, lorsqu'un horrible songe

vint soulever pour moi les voiles du futur.

 

Je voyais celui-ci, comme seigneur et maître,

donner la chasse au loup et à ses louveteaux

sur les pentes du mont qui cache Lucque à Pise.

 

Avec des chiens dressés, aussi maigres que lestes,

il avait fait placer dans la première file

le corps des Gualandi, Lanfranc et Sismondi

 

La chasse a peu duré, car le père et les fils

se fatiguèrent vite ; et il me semblait voir

déjà les crocs pointus qui leur ouvraient le flanc.

 

Me réveillant de suite, avant qu'il fût demain,

j'entendis mes enfants, prisonniers avec moi,

pleurer dans leur sommeil et demander du pain.

 

Ah ! ton cœur est bien dur, si le triste présage

qui vint s'offrir au mien ne peut pas t'émouvoir :

si tu n'en pleures pas, quand donc as-tu pleuré ?

 

Ils s'étaient réveillés, et l'heure s'approchait

où l'on nous apportait d'habitude à manger ;

nos rêves cependant nous remplissaient d'angoisse.

 

J'entendis tout à coup clouer en bas la porte

de cette horrible tour ; alors je regardai

mes enfants dans les yeux, sans pouvoir dire un mot.

 

Mon cœur s'était raidi ; je ne pus pas pleurer ;

eux, ils pleuraient tout bas, et mon petit Anselme

me dit : « Père, qu'as-tu ? Comme tu nous regardes ! »

 

Je restai sans parler, sans une seule larme,

tout le long de ce jour et de la nuit suivante,

jusqu'au nouveau soleil qui revint sur le monde.

 

Lorsqu'un faible rayon eut enfin pénétré

Sans la triste prison, je ne pus contempler

dans leurs quatre regards, sinon ma propre angoisse.

 

De rage et de douleur, je me mordis les poings ;

mais eux, pensant alors que c'était par besoin

de manger, tout de suite ils se mirent debout

 

et dirent : « Le tourment, père, si tu nous manges,

serait moindre pour nous ; c'est toi qui revêtis

nos pauvres corps de chair, tu peux les dépouiller. »

 

Alors je m'apaisai, pour ne plus les peiner.

Nous restâmes muets les deux jours qui suivirent.

Que ne t'ouvrais-tu pas, ô terre impitoyable !

 

Quand le quatrième jour nous montra sa lumière,

Gaddo tomba soudain à mes pieds étendu.

« Ô père, criait-il, tu ne veux pas m'aider ? »

 

Et il mourut ensuite ; et comme tu me vois,

j'ai vu les autres trois tomber l'un après l'autre,

la cinquième journée et la suivante ; et moi,

 

aveugle, je cherchais leurs corps en tâtonnant,

et je les appelais deux jours après leur mort ;

mais c'est la faim qui fut plus forte que la peine. »

 

Ayant fini de dire, il reprit, les yeux torves,

le crâne misérable et y planta ses dents

qui faisaient craquer l'os plus fort que ceux d'un chien.

 

Par CeD - Publié dans : Culture
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Dimanche 12 octobre 2008


Par CeD - Publié dans : Films
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Par CeD - Publié dans : Musique
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Dimanche 12 octobre 2008

Par CeD - Publié dans : Société
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